Les deux termes circulent partout, souvent l'un pour l'autre. Ils ne désignent pourtant pas la même chose — et la confusion a des conséquences très concrètes sur ce qu'on fait vivre à un jeune chien.
« Il faut socialiser son chiot. » L'injonction est partout, et elle est juste. Le problème commence quand on ne précise pas de quoi on parle : apprendre à un chien à vivre avec ses congénères, ou l'habituer à un monde d'humains, de bruits et d'objets ? Ce sont deux apprentissages distincts, qui n'obéissent pas aux mêmes règles.
| Socialisation | Sociabilisation | |
|---|---|---|
| De quoi il s'agit | Devenir un chien parmi les chiens : intérioriser les codes de son espèce | Découvrir le monde : les humains, les autres espèces, les objets, les environnements |
| Avec qui | La mère, la fratrie, les congénères rencontrés | Tout le reste — et nous en premier lieu |
| L'outil principal | La communication, l'apprentissage du langage canin | L'exposition progressive à la nouveauté |
| Ce qui échoue si on rate | Un chien qui ne sait ni lire ses congénères ni se faire comprendre d'eux | Un chien méfiant, débordé par un environnement qu'il n'a pas appris à décoder |
L'éthologie distingue en réalité trois processus. Les connaître évite bien des malentendus — et explique d'où vient le flottement autour du mot « sociabilisation ».
Le chiot apprend à être un chien auprès de sa mère, de sa fratrie, puis des congénères qu'il rencontre. C'est là qu'il acquiert le langage canin et les codes qui lui permettront de se faire comprendre.
Les humains d'abord, mais aussi les chats, les chevaux, les poules. Il ne s'agit plus de codes partagés mais d'acceptation mutuelle : apprendre que ces êtres-là ne sont ni des proies, ni des menaces.
Les bruits, les sols, les objets, les véhicules, les lieux. Le chien apprend qu'un aspirateur, un skate ou une grille d'égout ne présentent aucun danger, et cesse d'y réagir.
Et « sociabilisation », alors ? Le mot n'appartient pas à la terminologie scientifique — c'est un usage courant, que certains professionnels considèrent même comme fautif. Dans les faits, il recouvre à peu près la familiarisation et l'habituation réunies. Nous l'employons parce qu'il est compris de tous, mais en sachant précisément ce qu'il désigne.
La socialisation se définit comme l'intériorisation de la culture et la formation d'attitudes et de représentations sociales communes au groupe. Cette appropriation est active de la part de l'individu : elle est le fruit d'interactions entre le chien, ses besoins, ses capacités et son environnement social.
Son principal instrument est la communication. L'apprentissage du langage canin, avec toutes les variations qu'il autorise selon l'interlocuteur, manifeste l'établissement de relations sociales de plus en plus différenciées, où la subtilité de chacun se précise.
Si la mère est à l'évidence un agent de socialisation privilégié, elle n'est pas seule à jouer ce rôle. Plusieurs facteurs influent :
Sociabiliser un chien pendant sa croissance, c'est l'aider à proposer un comportement socialement acceptable et à préserver son bien-être dans chaque situation nouvelle rencontrée tout au long de sa vie.
Pour cela, il faut sortir le jeune chien. Aller vers l'inconnu, aller vers les autres. Se préparer à devoir expliquer que son compagnon est en apprentissage, à s'excuser parfois. Faire en sorte qu'il ne nourrisse pas de méfiance à l'encontre du monde d'hyper-stimulations dans lequel il va devoir évoluer. On lui présentera :
« Je vois quelque chose que je n'ai jamais vu avant. Je vais savoir comment me comporter, le découvrir, le rencontrer, par l'odorat, par l'ouïe. Je ne vais pas fuir, je ne vais pas agresser. »
Le travail consiste à faire découvrir le monde à son jeune chien. Chaque situation nouvelle génère chez lui des interrogations, des « équations » à résoudre. Nous l'aidons à transformer chaque problème qui se présente en solution. La frustration engendrée par ces scènes courantes de la vie devra retomber. Le chien y gagnera en maturité.
Nous sommes responsables de notre chien. Il nous appartient de faire en sorte qu'il ne devienne un danger ni pour lui, ni pour les autres. C'est à nous de décider quelles situations sont favorables à l'éducation, et lesquelles il faut éviter.
Trop bruyant, trop fort, trop brutal, trop de chiens, trop d'enfants, trop de gens. Respectons une progressivité pédagogique, fondée sur la capacité réelle du chien à appréhender ses nouvelles émotions.
Au mieux, rencontrons les chiens que nous connaissons, parce que nous savons qu'ils proposeront des comportements intéressants pour notre compagnon. Quand ce n'est pas possible, ne nous interdisons pas de juger si la rencontre est favorable au bien-être de notre chien. Si elle l'est, restons un moment. Si elle ne l'est pas, décidons de partir.
Quand un chiot rencontre des chiens adultes, c'est une histoire de chiens. Décidons, en tant qu'humains, de résister à la tentation d'intervenir, de parler à notre chien, de le tenir, de le retenir. Nous n'interviendrions que de façon maladroite.
Un jardin est un espace bien trop restreint, et très pauvre en stimulations olfactives et auditives. Beaucoup de gens estiment qu'avoir un jardin est un argument suffisant pour accueillir un chien. C'est faux : il reste indispensable de consacrer du temps à l'exploration et aux rencontres en tout genre.
Socialisation, familiarisation, habituation : trois apprentissages qui se déroulent en parallèle pendant les premiers mois, et qui se nourrissent les uns les autres. Les confondre conduit à l'erreur la plus répandue — croire qu'en multipliant les rencontres entre chiens on prépare son chien au monde, ou l'inverse.
Ce qui compte n'est jamais la quantité d'expériences, mais leur qualité et le rythme auquel le chien peut les digérer. Une seule rencontre bien choisie vaut mieux que dix subies.
Découvrir le monde avec son chien, c'est aussi l'occasion d'apprendre à connaître qui il est vraiment.
L'un des moteurs émotionnels les plus puissants, et l'un des plus mal interprétés. Elle surgit à chaque nouvelle découverte.
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Lire →Non. La socialisation concerne l'apprentissage des codes de sa propre espèce : devenir un chien parmi les chiens. La sociabilisation, telle qu'on l'emploie couramment, désigne la découverte du reste du monde — les humains, les autres animaux, les objets, les environnements.
En terminologie scientifique, ce second volet se décompose d'ailleurs en familiarisation (les autres espèces) et habituation (le non-vivant).
Non, et c'est probablement l'idée reçue la plus dommageable. Une rencontre inadaptée n'apporte rien au mieux, et apprend au pire à votre chien que ses congénères sont envahissants ou inquiétants.
Mieux vaut peu de rencontres choisies que beaucoup de rencontres subies.
Non. Un jardin, même vaste, reste un espace clos et pauvre en stimulations olfactives et auditives. Il ne remplace ni les sorties, ni les rencontres, ni la découverte de lieux variés.
Un chien apprend toute sa vie, donc oui, on peut faire évoluer les choses. Mais le travail est plus long et demande davantage de précautions : on part d'expériences déjà installées, parfois négatives, qu'il faut d'abord désamorcer.
C'est précisément l'objet d'un accompagnement en rééducation comportementale.
Le moins possible. Un chien adulte équilibré est le meilleur professeur qui soit pour un chiot. Parler, tenir ou retenir son chien perturbe un échange dont nous ne maîtrisons pas les codes.
Notre rôle se joue avant : choisir la rencontre, et décider d'y mettre fin si elle ne convient pas.
Et ils se rattrapent difficilement. Un accompagnement au bon moment évite bien des difficultés plus tard — pour votre chien comme pour vous.