De la fécondation de l'ovule de la mère jusqu'à la crise d'adolescence, le cerveau de votre chiot se construit par étapes. Certaines durent quelques jours à peine et pèsent sur toute une vie. Voici lesquelles, dans l'ordre — et ce qui reste modifiable.
Avant de dérouler les périodes sensibles une à une, il faut poser une base : votre chien ne perçoit pas le monde tel qu'il est, mais tel que son corps, sa race et son histoire lui permettent de le percevoir. C'est ce qu'on appelle son Monde Propre. Et il s'emboîte à trois niveaux.
a) L'espèceUn chien n'habite pas le monde d'un humain. Ses capteurs, ses priorités et sa manière de traiter l'information appartiennent à l'espèce canine — c'est le premier cercle, celui que tous les chiens partagent.
Le chien est une espèce particulière, car elle est celle qui possède le plus grand polymorphisme, c'est-à-dire ayant la plus grande variété physique entre tous ses membres. Chacune des 344 races n'ont pas toutes les mêmes caractéristiques physiques et comportementales.
Par exemple, la position des yeux, la présence de queue ou non, de plis ou non sur le visage, la stature élancée ou massive, etc. Tout cela va influencer les capacités motrices et communicatives des individus.
Ainsi, selon la race de votre chien, sa perception du monde et son action sur celui-ci, sera différente. Son Monde Propre dans le Monde Propre de l'espèce canine !
Mais le concept est encore plus poussé, avec l'individualité ! Tous les chiens n'ont pas les mêmes caractères et ne perçoivent pas l'environnement de la même manière. Deux chiens issus d'une même race et d'une même portée, n'auront pas le même Monde Propre, loin de là !
Chaque chien aura son propre vécu, avec ses propres capacités sensorimotrices et donc son caractère unique et son individualité. Son Monde Super Propre ! 😉
Monde Propre de l'espèce canine
+ Monde Propre de la race
+ Monde Propre de l'individu
+ Ontogénèse de l'individu
+ bien d'autres encore…
Bateson est un des pionniers à avoir décrit le développement comportemental, aussi appelé ontogénèse, dans ses travaux de recherche en 1981.
L'ontogénèse est constituée de toutes les phases d'apprentissages qui existent au cours de la vie d'un individu. Certaines périodes sont plus intenses que d'autres et jouent un rôle clé dans le développement vers l'âge adulte : les périodes sensibles.
Une période sensible est un processus durant lequel les apprentissages sont plus faciles et les connaissances acquises sont stockées dans la mémoire à long terme. Elle est associée au développement du système nerveux central, qui favorisent la création et la mémorisation de nouveaux apprentissages.
En pratique, pendant une période sensible, un petit nombre d'expériences déterminantes auront des conséquences (positives ou négatives) majeures sur les comportements futurs du chien.
Les périodes sensiblesSi la génétique joue un rôle important dans le développement de votre chien, elle est bien loin d'être la seule en cause ! Il est donc primordial d'offrir un environnement et un accompagnement adapté à l'individu que vous accueillez chez vous, sans idéaliser chez lui un individu qu'il ne peut ou veut pas devenir.
Ces périodes sensibles sont indispensables pour que le chien ait les compétences comportementales nécessaires pour s'adapter à son environnement de vie. Pourtant, de nombreux facteurs peuvent influencer son développement, et ce dès les différentes périodes que nous allons étudier ici.
De la fécondation de l'ovule de la mère, jusqu'aux derniers instants de vie du chien sénior, l'individu ne cessera d'être en perpétuelle évolution, de par sa génétique, ses apprentissages, son environnement, ses conditions de vie, etc.
Dans le ventre de sa mère, on parle de période prénatale. Le développement du chiot se déroule ensuite en deux phases consécutives : embryonnaire puis fœtale.
Cette période lui permet déjà de faire de nombreux apprentissages qui influenceront sa future personnalité et ses futures réactions comportementales.
Apprentissage tactileLorsqu'une chienne gestante apprécie les caresses qu'une personne lui fait, cela active son système nerveux parasympathique. Celui-ci va produire des hormones associées au bien-être, qui vont pouvoir passer la barrière placentaire et seront perçues par les chiots. Ces derniers feront ainsi une association positive avec le contact humain avant même de naître et seront plus aisément manipulables une fois nés.
Apprentissage olfactifSi en phase prénatale et néonatale, les chiots n'ont pas encore développé leurs systèmes auditifs et visuels, l'un de leurs sens est déjà bien fonctionnel : l'odorat ! L'équipe de chercheurs Deborah L. Wells et Peter G. Hepper ont démontré que le régime alimentaire de la mère durant sa gestation affectait les préférences alimentaires des chiots et ce, même 15 minutes à peine après la naissance. Cet apprentissage in utero montre qu'ils ont d'ores et déjà des capacités de discrimination d'odeurs et de rétention d'informations olfactives.
Attention ! Si une chienne gestante évolue dans un environnement humain qui lui offre des contacts agréables lors des soins, cela aura des bénéfices clairs pour les petits, qui apprendront dès leur période prénatale que le contact avec les humains est quelque chose de positif. Mais l'inverse est également possible !
Le stress prénatal négatif peut être provoqué par de nombreuses situations, comme des conditions de vie dans un groupe qui ne s'entend pas, des manipulations désagréables ou violentes, la privation alimentaire, etc.
Les petits dont la mère a été stressée négativement vont être eux-mêmes plus stressés. Ceux-ci présentent des comportements d'exploration de l'environnement réduits, avec une méfiance plus prononcée pour l'inconnu. Le stress perçu pendant la période prénatale réduit également les capacités d'apprentissage de manière générale, et perturbe les capacités à s'adapter à son environnement.
Amikanin vous accompagne dans le choix de votre futur compagnon.
Le chien est une espèce nidicole, c'est-à-dire que les petits ne sont pas capables de quitter leur « nid » : ils doivent rester avec leur mère et leur fratrie.
Les petits ne sont pas autonomes, sont aveugles et sourds et ont besoin d'un adulte pour survivre. La période néonatale est donc une période de grande vulnérabilité pour les chiots.
C'est le fait qu'un individu va apprendre à reconnaître ses parents et va avoir des relations sociales préférentielles avec les membres de son espèce.
À la naissance, les chiots ne savent pas à quelle espèce ils appartiennent, et ne savent pas reconnaître les membres de leur espèce. Cela permet au chiot de pouvoir être élevé par une autre mère (quelle que soit l'espèce) en cas de perte de sa mère biologique et ainsi augmenter les chances de survie des petits.
La nature est bien faite !
Ce que dit la recherche — l'équipe de GuardiniL'équipe de Guardini a mené plusieurs études sur l'impact des soins maternels durant la période néonatale, en comparant les comportements de chiots en fonction de la quantité de soins maternels reçus. Les chiots de 2 mois étaient placés dans un environnement inconnu puis face à une personne inconnue.
Ceux ayant reçu beaucoup de soins maternels exploraient davantage leur environnement, s'approchaient facilement de la personne et mettaient plus de temps avant de présenter des signes d'inconfort. Au contraire, les chiots ayant reçu peu de soins maternels présentaient plus de comportements associés au stress.
Pendant très longtemps, les études scientifiques, ainsi que les croyances populaires, ne se concentraient quasi exclusivement que sur la période d'imprégnation (aussi appelée « de socialisation ») pour évaluer l'impact de l'éleveur sur les futurs comportements du chien. Aujourd'hui nous savons que celui-ci joue un rôle clé dès la fécondation de la mère.
Au-delà des questions de sélection génétique pour des problématiques de santé, le choix de l'éleveur est, encore une fois, capital. Pour des chiots équilibrés dès la naissance, il est primordial d'offrir une qualité de vie bienveillante et sereine à la chienne gestante.
CEPENDANT, l'éleveur ne fait pas tout !
Si votre chiot démarre sa vie avec certaines prédispositions, aucun comportement n'est définitif. Grâce à sa plasticité neuronale, la capacité de modifier ou de créer de nouveaux comportements, votre chien peut apprendre et évoluer toute sa vie. Et cela, dépend de votre responsabilité !
Cette période, qui dure quelques jours seulement, est très importante. Elle commence au 15ᵉ jour de vie du chiot, qui correspond généralement à l'ouverture de ses paupières et se termine aux environs du 21ᵉ jour, avec l'ouverture des oreilles.
En une semaine, de nombreuses évolutions (physique, cérébrale et comportementale) se produisent chez le chiot.
Attachement mère-chiot — L'imprégnation à l'espèce et l'attachement réciproque mère-chiot a lieu. Celle-ci devient alors un symbole rassurant pour ses petits. Une étape clé dans l'acquisition des nouveaux comportements.
Exploration — Comme il est désormais plus mobile, le chiot va commencer à se déplacer et à explorer son environnement. C'est une phase clé de son développement, qui déterminera son comportement à l'âge adulte face aux nouveautés.
Grâce à sa nouvelle mobilité, le chiot s'éloigne en solitaire pour découvrir le monde qui l'entoure. Dès qu'il sera trop loin de sa mère, ou qu'il vivra une émotion, il va se rapprocher d'elle pour être rassuré à son contact, analyser et intégrer son expérience. Une fois retourné au calme, il repartira explorer une autre zone. Ce schéma se produit tout autour de la mère, ce qui forme virtuellement une étoile dont elle est le centre.
Petit à petit, les distances d'exploration seront plus éloignées et coïncideront avec son entrée dans la période d'imprégnation ou dite « de socialisation ».
Il doit être assez riche pour le stimuler et lui faire découvrir divers objets, textures, bruits, sans être trop (trop fort, trop dur, trop bruyant, etc.).
Elle doit assurer son rôle de figure sécurisante, pour permettre au chiot d'apprendre à explorer un environnement inconnu en toute tranquillité.
C'est la capacité d'un organisme à maintenir une stabilité malgré les changements de son environnement. En bref, le seuil de tolérance face aux stimuli !
En une semaine, le chiot, alors âgé de 3 semaines, profite de tous ses sens fonctionnels, est capable d'identifier son espèce et sa fratrie et met en place de nouveaux comportements.
Le développement du cortex cérébral n'en est pas achevé pour autant et il se poursuit par une phase de plasticité neuronale très active sous l'influence des facteurs externes.
À partir de sa quatrième semaine, le chiot entre dans une période critique pour son développement cognitif et éducatif : la socialisation.
C'est la période la plus connue du grand public — et, paradoxalement, celle dont la mise en pratique comporte le plus d'erreurs. On entend souvent : « Socialiser son chiot, c’est l’emmener partout et lui faire rencontrer un max de chiens et de gens ». C’est faux ! La socialisation n’est pas un marathon d’expériences. Ce qui compte, ce n’est pas la quantité, mais la qualité des expériences : calmes, progressives et adaptées à son futur mode de vie. Un chiot bien accompagné apprend surtout à découvrir la nouveauté dans la sérénité… et ça, c’est le vrai super-pouvoir pour devenir un adulte équilibré.
Cette période a son propre article : la socialisation n'est pas un processus ni une check-list. C'est une période sensible où le chiot est particulièrement réceptif aux expériences et où il forge les bases de son comportement futur.
Comme pour les humains, le chien adolescent engendre une phase riche en émotions, parsemée de hauts et de bas. Cette période délicate remplie de changements est celle au cours de laquelle l'individu développe peu à peu son autonomie.
Cette période sensible dure et débute à temporalité variable selon les races de chiens :
Comprendre l'évolution et les changements survenant au chien adolescent permet de mieux les appréhender et de bien accompagner son chien dans cette étape sensible de sa vie.
L'adolescence est une période, tout à fait naturelle, durant laquelle les individus connaissent une croissance physique, un développement cognitif et psychologique rapides ainsi que de profondes modifications psychiques. Les principales caractéristiques de l'adolescence sont des changements corporels et psychologiques.
Des changements classiques, qu'il est nécessaire d'accompagner mais qu'il ne faut pas dramatiser.
Lorsqu'ils sont chiots, les chiens sont capables d'apprendre et d'absorber une foule de détails, très rapidement et d'une facilité déconcertante. Chaque nouvelle expérience, compétence ou connaissance créent de nouveaux neurones et de multiples connexions neuronales.
Plus un circuit neuronal est emprunté (comprenez : répété), plus il se renforce (pour bien visualiser, imaginez un sentier qui se transforme en route, à force d'être arpenté, puis en avenue, etc. Jusqu'à devenir une autoroute). Le cerveau fabrique alors de la myéline (une gaine de protection) pour rendre la transmission nerveuse plus rapide et transformer l'action en habitude.
Quand on parle « adolescence », on pense souvent (et surtout) à l'étape majeure de celle-ci : la puberté. En bref, c'est un phénomène enclenché par la maturation des glandes surrénales (qui synthétisent et libèrent les hormones) suivi des glandes sexuelles (testostérone et œstrogène).
Cette libération d'hormones entraîne à son tour une poussée de croissance au niveau de la taille, du poids et de la masse musculaire. Le cœur et les poumons se développent en taille et en capacité, ce qui conduit à une augmentation de la force et de l'endurance.
Les chiens subissent 2 pics hormonaux au total. Par exemple, pour un chien de taille moyenne, on estime :
Aux alentours du 6ᵉ mois
Vers le 9ᵉ mois
Mais la puberté est bien loin d'être le seul bouleversement biologique pour les adolescents.
Chez tous les mammifères, ces modifications hormonales entraînent une réorganisation du cerveau à 3 niveaux durant cette période : l'élagage, la myélinisation et le remodelage.
Le cerveau détruit les circuits neuronaux qui n'ont pas été suffisamment renforcés et donc myélinisés. C'est notamment à cette période que de nombreux comportements gênants apparaissent par exemple.
La myéline continue son rôle de protéger les circuits neuronaux et d'augmenter leur vitesse d'influx nerveux. Attention donc : chaque comportement renforcé, volontairement ou non, durant cette période, sera exacerbé.
La zone la plus impactée pendant l'adolescence est celle du cortex préfrontal. C'est lui qui assure la régulation émotionnelle et le rapport aux autres. C'est pourquoi des changements dans la prise de risque, l'humeur, l'irritabilité et les conflits intra et interespèce apparaissent à cette période.
En bref, l'adolescence exacerbe les traits comportementaux de chaque individu selon l'éducation mise en place en amont. Lorsque le chiot est correctement accompagné, compris et guidé dès son arrivée dans son nouveau foyer, l'adolescence peut même passer complètement inaperçue.
Mais selon les individus, l'adolescence peut être une période où les humains en charge ont envie de s'arracher les cheveux, voire de regretter le choix de vivre avec un chien. Rassurez-vous : ce n'est que transitoire !
C'est d'ailleurs la période durant laquelle les humains font le plus appel à un éducateur canin comportementaliste, notamment pour des problématiques de :
C'est le moment le plus utile pour faire le point — et le plus facile à rattraper.
Vous le savez désormais : durant ces multiples périodes, tout l'organisme de votre chiot est en effervescence. Pour l'aider à traverser ce cap, il vous faut l'accompagner dans la gestion de ses émotions et en lui apportant un cadre de vie calme et serein. Voici quelques fondamentaux à ne pas perdre de vue :
La satisfaction des besoins fondamentaux est indispensable pour maintenir un équilibre émotionnel et faciliter les apprentissages.
Un lien sain avec une bonne communication, une confiance réciproque et de la cohérence.
Une progression pédagogique qui permet sa réussite systématique face aux difficultés rencontrées, ce qui augmente sa confiance en lui.
Ne jamais oublier que ces périodes sensibles sont biologiques et transitoires dans le développement de la vie de votre chien !
De la gestation à l'adolescence, votre chien a traversé une série de fenêtres qui ont laissé des traces. Certaines venaient de l'élevage, d'autres de sa race, d'autres encore de sa seule individualité. Aucune ne l'a enfermé.
Grâce à sa plasticité neuronale, la capacité de modifier ou de créer de nouveaux comportements, votre chien peut apprendre et évoluer toute sa vie. C'est vrai à 8 semaines, c'est encore vrai à 8 ans — et c'est là que votre rôle commence vraiment.
« Si votre chiot démarre sa vie avec certaines prédispositions, aucun comportement n'est définitif. »
— AmikaninVous n'êtes pas obligé de nous croire, mais vous pouvez toujours essayer ! ✨
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C'est un moment du développement où les apprentissages sont plus faciles et où les connaissances acquises sont stockées en mémoire à long terme. Concrètement, pendant une période sensible, un petit nombre d'expériences déterminantes suffit à peser durablement — en positif comme en négatif — sur les comportements futurs du chien.
Cela dépend du gabarit. Chez les races de petite taille, l'adolescence peut débuter dès 5 mois. Pour les tailles moyennes, elle commence aux alentours de 9 ou 10 mois. Les races géantes, elles, peuvent attendre jusqu'à 12-18 mois. Un chien de 10 mois n'est donc pas « en retard » : il suit son propre calendrier biologique.
Oui, dans les deux sens. Une chienne gestante qui vit des contacts humains agréables produit des hormones de bien-être qui passent la barrière placentaire : ses chiots associent le contact humain à du positif avant même de naître. À l'inverse, les petits d'une mère stressée négativement explorent moins, se méfient davantage de l'inconnu et apprennent moins facilement.
Il n'a rien oublié : son cerveau fait le ménage. Pendant l'adolescence, l'élagage détruit les circuits neuronaux qui n'ont pas été assez renforcés, tandis que la myélinisation consolide ceux qui l'ont été. Un apprentissage peu répété disparaît donc de la circulation — et un comportement gênant renforcé sans le vouloir, lui, s'installe.
Non. C'est une période biologique et transitoire. Ce qui reste, en revanche, ce sont les comportements qui auront été renforcés pendant qu'elle durait — d'où l'intérêt de se faire accompagner à ce moment précis plutôt qu'après.
Faire le point avec un pro →Le choix de l'éleveur est capital et son rôle commence dès la fécondation, pas à la socialisation. Mais l'éleveur ne fait pas tout. Un chiot démarre avec des prédispositions, jamais avec un destin : grâce à la plasticité neuronale, un chien peut modifier ses comportements et en créer de nouveaux toute sa vie.
Oui, et c'est même la règle. Deux chiens issus d'une même race et d'une même portée n'ont pas le même Monde Propre : chacun a son vécu, ses capacités sensorimotrices et donc son caractère unique. La race donne une tendance, jamais un mode d'emploi.
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