Le chien sacré

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La fonction totémique

Searles (1986) rapproche l’animal domestique à ce que représente l’animal totem pour l’Homme primitif : protecteur contre la peur de la mort, qui assure une continuité psychique face à certains événements de la vie. Il n’est pas rare que le chien traverse avec son humain différentes épreuves ou autres relations, s’insèrant alors dans un réseau complexe d’associations, de représentations et de significations liées à la relation. Le chien devient le symbole de cette-dernière qu’elle soit amicale, familiale ou amoureuse. Il est ainsi, malgré lui, porteur d’une histoire, d’une biographie.

Le cas de Flake

Monsieur J., 35 ans, est l’humain de Flake, un chow-chow mâle de 7 ans. Aux yeux de M.J, Flake est un chien qui se démarque des autres. Cette spécificité s’exprime dans la relation homme-chien que monsieur considère comme un lien amoureux :

« On dit toujours que le chow-chow c’est différent des autres chiens parce que c’est vraiment distant, mais par contre c’est amoureux de son humain. »

Mais ces propos prennent un autre sens à la lumière du contexte d’acquisition de Flake : « On l’a acheté à deux en fait. C’était notre chien. C’était notre cadeau. » Flake devient ainsi le symbole de l’union conjugale.

Aujourd’hui, Flake symbolise encore cette relation aux yeux de M.J pour qui « ça reste un lien avec… » celle qu’il évitera soigneusement de nommer. Désormais célibataire, il mène une vie festive, néanmoins rythmée par son chien, dont il fait sa priorité :

« Quand je sors, il faut que je revienne pour lui […] Je n’ai plus que lui, donc il est prioritaire sur tout. Je suis revenu dans des états pas possibles pour aller le promener. »

Ainsi, plus qu’un souvenir de relation amoureuse, Flake incarne la part responsable de M. J., en lui permettant de « garder une vie un peu stable ».

QUAND LE CHIEN, PAR L’HISTOIRE DONT IL EST PORTEUR ET QU’IL INCARNE, DEVIENT INTOUCHABLE, LE CADRE ÉDUCATIF EN EST DIRECTEMENT AFFECTÉ. CETTE DYNAMIQUE PARTICULIÈRE OUVRE LA PORTE AUX TROUBLES DU COMPORTEMENT CHEZ LE CHIEN.

C’est ce qu’explique Mme K, au sujet de Chouquette son “chien-pansement” :

« Quand j’ai pris Chouquette à la suite du décès de mon père, je ne l’ai pas éduquée. Je l’ai laissée vivre. Elle dormait avec moi. Elle mangeait où elle avait envie de manger, ce qu’elle avait envie de manger, quand elle avait envie de manger. Elle a fait des dégâts impressionnants à la maison, mais on ne disait rien parce qu’elle était bébé, parce que ceci […] ça a bien duré quatre années où ça a été l’enfer. Mais pour moi ce n’était pas grave : oui elle a bouffé la porte, oui elle a détruit le papier peint, oui elle a bouffé le lino. On ne pouvait plus ouvrir les portes [rires]. C’était des grosses destructions. Et nous on a laissé faire. »

Acquise à la suite de deux deuils successifs, Chouquette, intouchable par son statut de chien-pansement, s’est vue dispensée de cadre éducatif par son humaine. En préservant Chouquette de toute frustration et en rationalisant ses destructions, Mme K. l’a littéralement « laissé vivre ».

Mais plus encore, nous pouvons entendre que Mme K. maintenait en vie ce que cette chienne incarnait pour elle, à savoir le souvenir de son père, et dans une moindre mesure, la réincarnation de son premier chien.

La fonction narcissique

À l’instar des relations humaines, certaines activités peuvent apporter une gratification narcissique à l’un, parfois au détriment du bien-être de l’autre individu, ici du chien.

Cet aspect est particulièrement visible dans les concours sportif ou de beauté où les qualités et compétences du chien sont jugés sur un système de valeur totalement subjectif.

Le cas de Malone

Mme C., humaine de Malone, un berger australien avec qui elle participe à des expositions canines, semble aux prises avec un conflit intérieur, entre la gratification narcissique qu’elle retire de cette pratique et le bien-être de son chien :

« Ça nous permet aussi d’avoir un avis extérieur de notre chien. Parce qu’à nos yeux c’est toujours le plus beau, le plus magnifique, mais… c’est vrai que savoir s’il se rapproche vraiment de la race ou pas, et ce que les autres en pensent […] quand on nous dit que notre bébé il est beau, ça fait toujours plaisir […] Son bonheur passera avant, si je vois qu’il aime vraiment pas y aller et que c’est vraiment une corvée et que je suis obligée de le traîner sur le ring, j’arrêterais. Je passerais son bonheur avant le mien. Mais bon, pour l’instant il ne semble pas se plaindre, donc… »

L’insistance de Mme C. laisse comprendre qu’elle n’envisage l’arrêt de cette pratique qu’en dernier recours, lorsque le bien-être de son chien sera vraiment, objectivement, menacé.

Connaissons-nous réellement les indicateurs objectifs du bien-être de nos chiens ?

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Éducateur canin Comportementaliste Diplômé d'état

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