Le chien remplaçant

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L’espérance de vie des chiens étant fondamentalement plus courte que celle des humains, bon nombre d’entre eux se voient confrontés, un jour, à la perte de leur ami canin. Les répercussions psychologiques et affectives qui y sont associées ont longtemps été minimisées, risées, voire incomprises. Celles-ci sont pourtant bien réelles et doivent être appréhendées à au moins deux niveaux.

Le premier correspondant à l’histoire de cette relation Homme-Chien.

Est-il nécessaire de rappeler qu’un humain endeuillé vient non seulement de perdre un chien, mais aussi, et surtout Médor ou Chipie ?

Plus que le deuil d’un chien, il s’agit du deuil d’une relation avec un être singulier. N’oublions pas non plus qu’un chien rythme la vie quotidienne de son humain par ses horaires de repas et de promenades, ou encore par l’accueil qu’il lui manifeste à chacun de ses retours à la maison.

Cette perte et le vide qui en résulte peuvent alors être vécus par l’humain comme un drame réel de l’existence, causant une douleur similaire à celle rencontrée dans le deuil d’un être humain.

AINSI, À LA PERTE DE LÜN-YU, UN DE SES CHOW-CHOWS TRÈS INVESTIS, FREUD CONFIAIT DÉJÀ DANS SA LETTRE À EITINGON DU 31 AOÛT 1929 :

« Cela ressemble sinon par l’intensité, du moins par la qualité, à la douleur qu’on ressent à la perte d’un enfant »

(Freud et Eitingon, 2009, p. 614).

La mort d’un chien entre en résonance avec l’histoire individuelle de son humain.

D’une part, cette perte vient ébranler tout ce que le chien représentait et incarnait pour son humain. Le deuil devient particulièrement difficile à surmonter lorsque le chien est associé à une tierce personne ou s’il offrait à son humain le maintien d’un lien social avec le monde extérieur.

D’autre part et de manière plus complexe, la disparition du chien vient réactiver des angoisses passées non conscientisées (deuil, angoisse d’abandon, etc.) et qui renvoie l’humain à sa propre mort.

Si, chez la plupart des humains, le deuil d’un chien se déroule sans encombre, chez certains, le processus peut s’enrayer pour diverses raisons, empêchant ainsi son cheminement. Le processus du deuil de son chien (plus ou moins long) est paralysé par la possibilité immédiate de reprendre un “nouveau” chien. C’est ce qui se passe dans le syndrome du chien de remplacement (Béata, 1998) : le chien de remplacement est acquis à la place d’un chien mort avant lui.

Le cas de Mango

Monsieur A., 60 ans, père de famille, est l’humain de Mango, un labrador noir de 2 ans. Mango est arrivé seulement deux semaines après le décès de son précédent chien (un labrador également). Le délai extrêmement court entre la disparition du chien et son remplacement n’a permis à M. A., ni de vivre son deuil ni de fantasmer l’arrivée de Mango.

“Ça a comblé un vide. Mais je ne l’ai pas pris pour combler un vide. Je l’ai pris parce que… il manquait un chien. […] Pas pour remplacer l’autre… parce qu’on ne remplace pas quelqu’un qui est parti ! On comble un vide. “

Ainsi reste-t-il le souvenir indélébile du chien précédent, auquel Mango est, forcément, sans cesse comparé.

« L’autre chien qu’on avait, par contre, il n’y avait que moi qui comptais. […] Bon, lui, [Mango] limite il s’en fout. […] Il était moins énervé que lui [Mango] quand même. Lui il est chaud, lui. »

M. A. compare également Mango, qui présente des difficultés éducatives, à une image de chien idéal qui obéirait « au doigt et à l’œil ».

Les attentes inconscientes de M. A. – basées sur un individu passé et idéalisé – font de Mango un chien source de déception et d’insatisfaction dans le regard de M.A, ce qui serait susceptible de se répercuter sur son développement personnel.

Avez-vous remarqué ?

Lors des différents entretiens, le prédécesseur de Mango

n’a jamais été nommé…

M. A. ne le caractérise que par des périphrases : « celui que j’ai eu avant », « l’autre », « le labrador précédent », « mon autre labrador », « l’autre chien que j’avais », etc. Comme si le fait de ne jamais le nommer permettait d’en minimiser la perte ; le nom étant à la fois représentatif de l’affect et de la différenciation identitaire. D’ailleurs, il est intéressant de préciser que ce n’est pas monsieur qui a donné à Mango son nom actuel, mais son éleveur. Or, nommer, c’est reconnaitre l’existence d’une distinction et d’une singularité, c’est lui attribuer une identité propre.

À l’inverse du phénomène de chien de remplacement, des formes de deuil peuvent exister chez des humains dont la peine est parfois telle qu’ils se refusent à investir de nouvelles relations interspécifiques, par peur de perdre l’animal et de souffrir à nouveau.

D’autres encore peuvent acquérir un deuxième chien, plus jeune que le premier, en vue d’anticiper et de tenter d’atténuer la souffrance à venir, certains souhaitant même avoir un chiot de leur ancien chien.

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Éducateur canin Comportementaliste Diplômé d'état

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